En quelques mots de plus… -Le Monde met le bilan Carbone en exergue dans son palmarès et fait la part belle aux destinations sans avion. Pour info, il est impossible de se rendre directement en Lozère par la voie aérienne à moins d’avoir son brevet de pilote et un aéronef. -Il est indiqué que la gare de Langogne « est la plus desservie ». On croit rêver alors que la déshérence en termes de dessertes ferroviaires frappe de plein fouet, et depuis plusieurs années, la Lozère, orpheline notamment des trains de nuit. Et pour faire Montpellier-Langogne en voiture, il faut trois heures… -Bon, inutile d’aller plus loin (sic). Le Conseil départemental, le Comité de Tourisme et même la presse locale sont enchantés de cet article mais gare ! Les lecteurs par la Margeride attirés risquent de déchanter… -Ah oui, l’ambiance « ramassage de cèpes » n’est pas toujours paradisiaque – idem pour touts les activités de cueillettes, pêche et chasse comprises ! Allez de ce pas nous mettons le cap sur Vérone.
Nota Bene Il y a quelques mois, le même journal a envoyé Florence Aubenas en immersion lozérienne notamment à Mende. Journaliste certainement expérimentée, la journaliste n’a pas su entrer dans l’intimité des lieux et des gens. Et le lecteur ressent toujours cette pointe de complaisance revêtue des oripeaux d’une pseudo-empathie. Pour réaliser son documentaire « paysan », Raymond Depardon a mis plusieurs années – par respect, par nécessité personnelle d’entrer en confiance et en partage.
Le Monde en Margeride Un moment d’égarements… Chaque année, le journal Le Monde publie son palmarès des 20 destinations de l’année. Pour 2020, la Margeride arrive en tête devant la Kakhétie (berceau du vin en Géorgie) et « de Vérone à Mantoue, éloge de la lenteur » (Italie). Tout lecteur, connaissant un tant soit peu le massif lozérien, se demande s’il s’agit d’une lubie journalistique, d’une bévue de voyagiste ou d’un fantasme pseudo-poétique ? Éclairages. Truffé d’erreurs géographiques et sociologiques, l’article commence de façon très originale, soit par la Bête du Gévaudan, « vedette locale » note élégamment le Tintin reporter au pays des cèpes. Pour l’envoyé spécial - « qui a organisé son voyage avec l’aide de Lozère Tourisme » précise courageusement le quotidien parisien – la D34 « entre Baraques-de-la-Motte et Mézery-Haut la route est tout simplement l’une des plus belles routes du monde ». Et on n’en est qu’au quart du papier et, par conséquent, même pas au quart des surprises… Diantre, le Lozéro-Margeridien vivrait-il dans l’un des plus beaux pays du monde, dans un fier isolement, une concorde humaine et politique exemplaire, une oasis de denrées spirituelles et terrestres ? Parc à bisons (« le bison d’Europe est plus élancé » que son cousin d’Amérique » pour ne pas dire qu’il est franchement moins imposant !), parc à loups dont l’attractivité s’est sérieusement émoussée au fil des ans (malgré les millions injectés), gîtes à la ferme et rencontres, Anderitum alias Javols « équivalent lozérien de l’Atlandide » ni plus ni moins), Langogne, cité médiévale « au statut de petite capitale » alors qu’elle agonise)… n’en jetons plus, la coupe est pleine de ces enthousiasmes aveugles dopés aux superlatifs. (...)
(...) En effet, la Margeride est un désert, hanté par les fantômes des services publics, des écoles rurales – même si quelques îlots de résistance émergent. Mais clairement, l’avenir (même touristique) est aujourd’hui derrière ces territoires dont les élus n’ont aucune marge de manœuvre financière – sans parler d’imagination et d’audace (c’est un autre débat). Manifestement, le reporter est venu à la belle saison et le documentaliste photo s’est emmêlé les pinceaux en plaçant deux photos de Nasbinals (plateau de l’Aubrac !) pour illustrer la Margeride. De surcroît, la Margeride n’est pas à deux heures de Montpellier même si l’on se rend au Malzieu – à moins de « bombarder » comme on dit dans les chaumières locales – et si le temps est clément. Car l’hiver en Margeride, vécu au quotidien, n’est pas l’hiver de Megève ou de la photo carte postale du calendrier du facteur (oui, il arrive à passer, encore, pour l’instant).
Revue de presse